Construction adaptée aux standards canadiens

À leur époque, les Tribal étaient des navires de combat très sophistiqués. Ils étaient bien armés et équipés de technologie de détection et de communication de pointe. Ils étaient non seulement rapides et maniables, mais magnifiques ! La MRC souhaitait néanmoins améliorer leur conception de base afin que les Tribal puissent satisfaire aux exigences des eaux canadiennes. Dès lors, on les a dotés d'une coque épaissie, résistante à la glace. On a aussi amélioré leurs radars et leurs sonars.

Surnommés les « Tribal améliorés », ils ont traversé l'épreuve du temps. Dès 1946, la Grande-Bretagne a commencé à envoyer ses Tribal à la ferraille. Les Tribal canadiens quant à eux, grâce à quelques carénages, sont demeurés des éléments actifs et précieux pour la défense du Canada jusqu'au milieu des années soixante.

Le Haida est le dernier destroyer de classe Tribal et il a joué un grand rôle dans les combats navals. Voilà d'où il tire toute son importance.

Le Haida à la guerre

Mais, quel rôle a joué le Haida? Il a fait tout ce qu'on attendait de lui.

Le Haida était un navire de combat et faisait face à tout ce qui se présentait : destroyers, chalutiers armés, sous-marins et même trains. Ses équipages et lui se sont distingués en temps de guerre comme en temps de paix. Ils avaient un but, toujours le même – défendre le Canada et bien le représenter. C'était un navire heureux et chanceux, car en vingt ans il n'a perdu que deux hommes.

Le Haida a été mis en service par la MRC le 30 août 1943. Il a amorcé sa carrière en escortant des convois d'approvisionnement à Mourmansk, en Russie, au-delà du cercle polaire. Ces convois voyageaient l'hiver, dans la noirceur quasi permanente, afin d'éviter d'être repérés par la Lufftwaffe allemande et ensuite attaqués par ses meutes de sous-marins. C'est lors d'une de ses missions en Arctique que le Haida a remporté ses premiers honneurs après avoir coulé le croiseur allemand Schamhorst.

En janvier 1944, le Haida et des membres de la famille Tribal, l'Athabaskan et le Huron ont été affectés à Plymouth pour exécuter des manœuvres dans les eaux de la Manche. Les préparatifs pour le jour J allaient bon train et le 10e destroyer Flotilla qu'ils devaient rejoindrent s'activait à chasser les navires ennemis. Les quelques mois suivants comptent parmi les plus illustres, une tragédie les a cependant assombris.

À la rescousse des survivants de l' Athabaskan

À la fin d'avril, durant une patrouille sur la Manche, le Haida a coulé un destroyer allemand. Un peu plus tard, le 29 avril, le hasard a placé deux autres destroyers allemands, partis des côtes de France, sur la route du Flotilla . L' Athabaskan et le Haida, se sont lancés à leur poursuite. Malheureusement, une torpille a heurté l' Athabaskan . Une explosion extraordinaire s'en est suivie et il a commencé à couler. Continuant sa poursuite, le Haida a poussé un des destroyers sur la côte et a chassé l'autre pour ensuite retourner sur les lieux du naufrage de l' Athabaskan.

Le capitaine du Haida, Harry DeWolf a alors ordonné la mise à l'eau de toutes les chaloupes dans l'espoir de rescaper le plus grand nombre possible de naufragés. On a jeté de lourds filets de sauvetage sur les côtés du bateau et les marins du Haida ont commencé à monter à bord les hommes épuisés et couverts d'huile de l' Athabaskan.

DeWolf a annoncé : « encore 15 minutes »...... le compteur martelait les tics-tacs.

Quatorze. Le capitaine de l' Athabaskan, John Stubbs, un homme très courageux s'est mis à crier du milieu des eaux : « Sauvez-vous Haida, dégagez! »

Quinze. L'aube se levait.

Seize. Les chaloupes mises à l'eau devaient être vides, mais trois hommes du Haida ont sauté dans le patrouilleur motorisé espérant tirer d'autres hommes de l'eau.

Dix-sept. Un voyage périlleux attendait les trois marins, un voyage au grand jour, sur la Manche, en quête d'abri, alors que le Haida les avait oubliés par inadvertance.

Finalement, Harry est resté dix-huit minutes et quand le Haida a lentement commencé à prendre de la vitesse, abandonnant l' Athabaskan, il avait 47 rescapés à son bord. Le patrouilleur motorisé en a sauvé six de plus. L'entrée du Haida dans Plymouth s'est faite sous les acclamations joyeuses de toute la flotte. La marine canadienne venait d'atteindre sa majorité.

Le Haida est reparti pour aller venger le naufrage de son navire-parent. Il s'est distingué en participant aux événements du jour J et par la suite en réussissant à bloquer les Allemands dans le golfe de Gascogne. Il s'est mérité les honneurs de guerre à la Manche, en Normandie et dans le golfe de Gascogne avant de regagner Halifax, en septembre 1944, pour profiter d'un repos bien mérité et se faire radouber. La guerre s'est terminée sensiblement comme elle avait commencé : escorte de convois à Mourmansk et participation à la libération de la Norvège à la fin des hostilités.

Le service après la Seconde Guerre mondiale

Après la guerre, le Haida a été converti en destroyer d'escorte (DDE) auquel on a accordé le numéro de fanion 215. Il a effectué deux périodes de service en dans la guerre de Corée. Au sein des forces des Nations Unies, il a coopéré avec des navires d'autres nations en bloquant des routes d'approvisionnement, en protégeant des porte-avions et en effectuant des « bousillages de trains », c.-à-d., en faisant exploser les trains d'approvisionnement communistes lorsqu'ils roulaient sur une voie couverte.

Les dernières années de la carrière du Haida ont vu la violence céder la place à la variété. En 1949, il a sauvé l'équipage d'un bombardier US B-29. Durant les années cinquante, il a participé à de nombreuses missions d'entraînement en compagnie de vaisseaux partenaires de l'OTAN. Représentant le Canada au cours de missions de bons offices, il a visité beaucoup de villes, y compris son ancien port d'attache, Plymouth.

Au secours du NCSM Haida

En octobre 1963, la marine a mis le Haida hors service; il était obsolète. Le kilométrage et les années l'avaient rattrapé – en 20 ans, il a fait plus 688 534,25 milles marins, l'équivalent de 27 fois le tour du monde.

Contrairement à bien d'autres Tribal, grâce aux efforts d'une entreprise privée, HAIDA Inc., qui l'a acheté pour en faire un musée, il a échappé au parc à ferraille. C'est en 1970 que le gouvernement de l'Ontario en a fait l'acquisition. Le destroyer a reçu de nombreux visiteurs alors qu'il était amarré à la Place Ontario, à Toronto. La province l'a cédé à Parcs Canada en 2002.

Ensuite, afin d'assurer la conservation à long terme du navire, il a fallu neuf mois de réparations. C'était un travail délicat. On a dû le haler du point d'eau de la Place Ontario jusqu'au lac Ontario. À Port Weller, on l'a mis en cale sèche où on a remplacé plus de quatre tonnes de plaques d'acier de la coque. Sa superstructure a aussi été réparée. La remise à neuf terminée, on l'a déménagé à Hamilton, en Ontario.

En juin 2004, Parcs Canada l'a ouvert au public en tant que lieu historique national. Il est amarré au port de Hamilton. Le NCSM Haida nous rappelle le courage, l'esprit de sacrifice et la ténacité de la Marine royale du Canada.